Cette nouvelle comédie portée par l’humoriste Hakim Jemili est surtout touchante en ce qu’elle met en lumière le quotidien des personnes aidantes confrontées à la fin de vie d’un proche.
« Tout va super »…, c’est d’abord ce traditionnel tic de langage qu’on prononce pour tenir le coup face à une épreuve qui nous dépasse. « Tout va super », c’est aussi cette façon de ne vouloir rien dire, d’enfouir machinalement ses émotions, de tout garder pour soi. « Tout va super » est également ce mensonge à soi-même, ou à l’autre. « Tout va super », enfin, c’est cette décision qui n’appartient vraiment qu’à soi, cet adage de « prendre les choses telles qu’elles le sont », avec le sourire malgré tout.
Par le parcours d’Elie (interprété par Hakim Jemili, que l’on a déjà vu dans ADIEU JEAN PAT), fils unique, orphelin de père, en posture d’aidant à l’égard de sa mère Sylvaine (Noémie Lvosvky), le nouveau film de Patrick Cassir explore avec pas mal de justesse les différentes dimensions de l’expression « tout va super », titre du long-métrage. Le postulat est émotionnellement chargé, puisqu’on aborde ici les difficultés de ce jeune adulte face à la fin de vie de sa mère. Cependant, Patrick Cassir n’en fait jamais quelque chose de lourd, tourne le récit plutôt vers la comédie que vers le dramatique, la positivité plutôt que le larmoyant.
Il n’empêche. Lorsqu’il va au cœur du sujet principal, TOUT VA SUPER dégage de belles émotions, déploie quelque chose d’attachant à travers l’abnégation, la persévérance, la maladresse jamais mauvaise d’un enfant qui aide sa mère, et qui doit se faire à l’idée qu’elle partira. Le film parle de lâcher prise, de vérités à dire et à entendre, d’actes à réaliser. On évoque aussi la solitude, l’enfermement familial, la nécessité pour l’aidant d’être aidé, lui aussi.
Une relation mère/fils que l’on voudrait éternelle
Dans cette perspective, le duo Jemili/Lvosvky a trouvé une belle complicité, donnant une vraie crédibilité à leur relation mère/fils à l’écran, basée sur beaucoup de non-dits, d’amour, et teintée d’un certain déterminisme. Puis il y a l’extérieur, qui vient nourrir et faire respirer le duo principal. On y trouve le dynamisme de la copine (la solaire Marie Colomb) et la joyeuseté de l’assistant à domicile, joué par un Rudy Milstein enjoué, dont les spontanéités comiques sont les bienvenues.
TOUT VA SUPER n’est cependant pas exempt de quelques faiblesses scénaristiques. Certaines séquences paraissent inutiles, tant elles paraissent exclusivement vouées à être la caution « comédie » du long-métrage. L’histoire parallèle, développée tout au long du film (autrement dit, la romance Marie Colomb/Hakim Jemili : rencontre improbable + disputes + éternelle relation basée sur le mensonge du mec), n’y trouve pas toujours son intérêt, et tend à diluer la force du récit, à lui donner des contours plus attendus.
TOUT VA SUPER est donc surtout touchant pour ce qu’il montre du lien maternel, relation que l’on voudrait croire éternelle. Difficile pour le public de ne pas faire le parallèle avec son propre vécu, avec la perte d’un être cher et le combat pour la maladie. En cela, TOUT VA SUPER rend un hommage émouvant à tous ces enfants qui accompagnent, ont accompagné, ou accompagneront un parent malade, à ce quotidien personnel mis en suspens, à la fatigue discrète et à la force intérieure. Faire tout ce que l’on peut, comme on le peut. Allez, courage, « Tout va super ».