La nouvelle comédie de Reem Kherici revient sur la création du Womanizer. Rythmé, drôle, bien dosé en péripéties, le film évoque la libération encore trop taboue du plaisir féminin.
Ce n’est pas une vieille invention (à peine 12 ans !) mais elle fait assurément partie du top 10 des meilleures révolutions du siècle, pas moins ! Le Womanizer, best-seller des jouets coquins, est au centre de POUR LE PLAISIR, nouveau long-métrage signé Reem Kherici. Un film vraiment drôle, assez cocasse et intelligent, qui prend pour trame principale la création de ce formidable petit jouet, en donnant sa propre version des faits. Car, oui, dans ce presque-biopic, on revient très librement sur le parcours de ce couple qui inventa, en Allemagne, le fameux sextoy.
Les péripéties d’un couple à l’écoute
Pas la peine d’aller aussi loin cependant. POUR LE PLAISIR reste en France. Tout commence donc avec Fanny, le personnage incarné par Alexandra Lamy. Au cours d’une séance avec sa sexologue, celle-ci la convainc de dire ENFIN la vérité, rien que la vérité, à son mari (François Cluzet) : elle n’a jamais joui de sa vie. Rien. Nada. En 20 ans de mariage, et même avant !, pas une poussée de fièvre. Pas même une petite colline. Rien du tout.
À force de dialogue et de compréhension, le couple va travailler main dans la main pour trouver la solution idéale qui permettra à Fanny de connaître enfin l’orgasme. La seule manière d’y parvenir est, finalement, de concevoir un sextoy sur mesure… Dans son atelier, notre ingénieur de mari va alors tenter, avec l’aide de son épouse bien évidemment, et à coups d’expérimentations et de débrouillardise électronique, de fabriquer ce nouvel objet. Ce petit machin vibrant deviendra ce qu’on appelle le « Womanizer ».
Sur ce créneau-là, le film est une bonne partie de plaisirs pour les zygomatiques, avec des rebondissements savoureux, au cours desquels on reconnaît facilement l’empreinte comique de Reem Kherici, mais aussi de la Bande à fifi avec qui la réalisatrice a fait ses premiers pas.
Surtout, si cette comédie grand public saura probablement toucher un public de baby-boomers grâce à ses deux héros quinquagénaires et plus, elle séduit surtout par la complicité naturelle qui émane de ses deux têtes d’affiche. Le personnage de François Cluzet ne fait pas dans le « ouin-ouin » trop longtemps, et arrive rapidement à prendre une posture d’écoute. De son côté, Alexandra Lamy parvient enfin à dévoiler ce qu’elle porte en elle, pour se sentir mieux. Ensemble, ils voient même cette annonce comme une nouvelle aventure dans leur vie à deux, où l’amour n’est jamais remis en question. Le film est, en ce sens, une jolie leçon de vie conjugale, où la bienveillance et le dialogue doivent prédominer pour atteindre l’épanouissement à chaque instant de la relation.
Oui au plaisir féminin !
Mais la principale intelligence du film n’est pas là. En sous-main, POUR LE PLAISIR met le doigt sur un sujet encore trop tabou, et si peu abordé sur grand écran : le plaisir féminin. 30% des femmes n’auraient en effet jamais connu l’orgasme.
Et c’est avec humour que le film en explique les causes : la domination masculine, la représentation (ou plutôt, la non-représentation !) du sexe féminin, l’héritage culturel et les gros déficits en termes d’éducation sexuelle. Loin d’être un manifeste militant pour autant, le film rappelle combien la sexualité féminine a longtemps été pensée à travers le regard masculin.
En clair, POUR LE PLAISIR témoigne de ces corps libérés, qui posent enfin une autre vision sur la sexualité, plus ouverte et plus réaliste. Une comédie qui parle de sexe sans vulgarité, de féminité sans male gaze, d’intimité avec honnêteté, de plaisir avec sincérité, et d’amour avec rires. En ces temps moroses, vibrons un peu !