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Quand le jardin fait son cinéma

Au Domaine de Chaumont-sur-Loire, le cinéma quitte l’écran pour prendre racine dans le paysage. Du 11 avril au 1er novembre 2026, le Festival international des jardins invite les visiteurs à explorer les liens entre l’art des jardins et le septième art à travers le thème « Le jardin fait son cinéma ».

Pour cette édition, vingt-cinq créations paysagères proposent une immersion dans des univers inspirés de films devenus des références de l’histoire du cinéma. Conçus par des paysagistes, architectes et créateurs venus d’horizons variés, ces jardins ne reproduisent pas les œuvres dont ils s’inspirent : ils en réinterprètent les atmosphères, les symboles et les émotions à travers le végétal, la matière et la mise en scène de l’espace.

Au fil de la promenade, le visiteur passe d’un imaginaire à l’autre. Chaque jardin devient une évocation sensible, un fragment de récit à parcourir, où souvenirs cinéphiles et découvertes paysagères se répondent. Ici, le paysage n’est plus un simple décor : il devient un langage capable de traduire la poésie d’une image, la force d’un personnage ou l’esprit d’une œuvre.

Comme le cinéma, le jardin compose avec le temps, organise le regard et invite à l’émotion. Les chemins deviennent des travellings, les perspectives des cadrages, les plantations des éléments de narration. Une manière de redécouvrir le cinéma à travers l’expérience du vivant et de la déambulation.

Festival des jardins Chaumont 2026 : le cinéma prend racine
© Festival international des jardins 2026

Quand Tati cultive l’absurde

Parmi les créations les plus marquantes, Les Jardins de Tati rendent hommage à l’un des cinéastes les plus singuliers du patrimoine français. Les concepteurs ont choisi de faire dialoguer deux œuvres emblématiques : Mon Oncle et Jour de fête.

La première partie du parcours plonge le visiteur dans l’univers artificiel et géométrique de la villa Arpel. Tout semble parfaitement maîtrisé, ordonné, rationalisé. Les lignes sont rigoureuses, le végétal discipliné. Comme dans le film de Jacques Tati, cette perfection apparente finit pourtant par créer un léger malaise, révélant l’absurdité d’un modernisme poussé à l’extrême.

Puis le décor bascule. Derrière une architecture évoquant un visage humain, le visiteur découvre un jardin plus libre, inspiré de Jour de fête. Les formes s’assouplissent, les couleurs s’animent et l’esprit du village reprend ses droits. L’humour, la spontanéité et la poésie du quotidien réapparaissent dans un lieu qui retrouve soudain son souffle. Une manière particulièrement juste de traduire l’univers de Tati, dont l’œuvre n’a cessé d’opposer la mécanique du progrès à la liberté du vivant.

Festival des jardins Chaumont 2026 : le cinéma prend racine
Les jardins de Tati, © conceptreurs Ludovic BIAUNIER, architecte, Rodolphe CHEMIÈRE, paysagiste, Armelle GABORET, chargée de projet, graphiste en paysage

Le monde d’Amélie réinventé

À quelques allées de là, le visiteur change complètement d’atmosphère. Avec Le Fabuleux Jardin d’Amélie Poulain, les créateurs s’inspirent de l’univers de Jean-Pierre Jeunet pour composer une promenade faite de souvenirs, de détails et de petits enchantements.
Le jardin se déploie comme une succession de tableaux évoquant différentes étapes de la vie d’Amélie. Les couleurs chaleureuses, les plantations généreuses et les compositions soignées rappellent immédiatement l’esthétique du film. Mais plutôt que de reproduire des scènes, les paysagistes cherchent à restituer une émotion : cette capacité à trouver de la poésie dans les gestes les plus simples et à révéler l’extraordinaire au cœur de l’ordinaire.

Comme l’héroïne du récit, le jardin invite à ralentir, à observer et à se laisser surprendre par de menus détails. Un fruit oublié, une fleur inattendue ou un jeu de lumière deviennent autant de petites histoires à inventer.

Festival des jardins Chaumont 2026 : le cinéma prend racine
Le fabuleux jardin d'Amélie Poulain, © conceptrice Marion CINTRÉ, ingénieure paysagiste

Jurassic Plantes, retour à la préhistoire

L’un des jardins les plus spectaculaires du festival est sans conteste Jurassic Plantes. Dès le franchissement du portail monumental inspiré du film de Steven Spielberg, le visiteur est transporté dans une autre époque.

Fougères arborescentes, cycas, prêles et ginkgos composent une végétation luxuriante qui rappelle les paysages de la préhistoire. Pourtant, le sujet du jardin n’est pas le dinosaure mais la plante elle-même. Toutes ces espèces sont les héritières d’un monde disparu et constituent les véritables survivantes de cette époque lointaine.

Quelques silhouettes métalliques apparaissent au détour du parcours, comme des clins d’œil au film. Mais l’essentiel est ailleurs : dans cette célébration du végétal capable de traverser les millénaires. Une manière intelligente de détourner la référence cinématographique pour rappeler la résilience du vivant.

Festival des jardins Chaumont 2026 : le cinéma prend racine
Jurassic plantes, © concepteurs Corentin PFEIFFER, paysagiste, metteur en scène végétal, Romain MAIRE, auteur et formateur sur le thème des orchidées

Hitchcock, Disney et les autres

Le parcours réserve d’autres interprétations inventives. Inspiré de Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock, un jardin joue avec les cadrages, les ouvertures et les points de vue pour transformer le visiteur en observateur discret, presque voyeur.

L’univers de Fantasia trouve quant à lui une traduction naturelle dans le langage du jardin. Comme dans le chef-d’œuvre des studios Disney, les végétaux semblent entrer dans une chorégraphie silencieuse où mouvement, lumière et imaginaire composent une partition visuelle.

Plus surprenante encore, l’évocation de La Petite Boutique des horreurs imagine ce qu’il serait advenu du magasin de fleurs après la fin du film. La nature y reprend possession des lieux tandis que la célèbre plante carnivore veille sur un monde étrange, à la frontière du conte et du fantastique.

Au fil du parcours apparaissent également des références à The Truman Show, aux Roseaux sauvages d’André Téchiné ou encore aux univers de la réalisatrice japonaise Momoko Seto. Autant de créations qui témoignent de la richesse des liens entre paysage et cinéma.

À Chaumont-sur-Loire, le cinéma n’est jamais illustré de manière littérale. Il est réinventé, transformé et parfois détourné, rappelant que le jardin, comme le cinéma, relève avant tout de la mise en scène et de l’émotion.

Plus qu’une exposition de jardins, cette édition propose une véritable traversée d’images où les films deviennent des espaces à parcourir, des sensations à éprouver, comme les pages d’un scénario vivant.

Ici, le cinéma ne se regarde plus seulement sur un écran ; il se traverse, se respire et se vit au rythme du paysage.

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