Prix du Jury à Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026, Les Éléphants dans la brume est un film d’une beauté ravageuse, qui nous invite à découvrir une réalité méconnue tout en portant un regard différent sur la nôtre.
Dès les premières images, une magie opère. Une forêt, des éléphants sauvages, une communauté aussi vénérée que crainte, et Pirati, une matriarche tiraillée entre son désir de liberté et les liens qui l’attachent aux siens. Abinash Bikram Shah, réalisateur népalais déjà récompensé à Cannes, nous plonge dans un territoire empli de mystères et de croyances, un bout du monde que l’on connaît sans doute peu et, très vite, on est captivé.
Voyage troublant, le film est aussi remarquable par la manière dont il représente les femmes trans de la communauté Kinnar. Loin des caricatures, il leur redonne une existence pleine, complexe, faite de tendresse, d’humour, de colère, de désir et de vulnérabilité. Leur place dans la société est profondément paradoxale : rejetées et marginalisées, elles restent pourtant recherchées pour leurs bénédictions.
Et derrière cette histoire, le film fait résonner une inquiétude très contemporaine : l’acceptation peut sembler acquise, puis reculer brutalement. Les droits que l’on croit solides peuvent être fragilisés, voire anéantis, beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine. Le parcours de Pirati, une femme forte mais ébranlée, prend alors une dimension qui dépasse largement son histoire personnelle, et peut faire échos aux failles de nos sociétés occidentales.
La brume peut-elle vraiment faire disparaître l’éléphant dans la pièce ?
Pour autant, Les Éléphants dans la brume n’est jamais un film à thèse. Il reste avant tout du cinéma : remuant, sensoriel, porté par une vraie tension. Et puis il y a cette fin, saisissante, comme on les aime au cinéma, qui nous laisse avec des images et des questions longtemps après la dernière scène.
C’est aussi cela, la magie du cinéma : nous emmener là où nous n’aurions jamais imaginé aller, nous faire découvrir des sociétés et des réalités inconnues, et nous rappeler que derrière la distance et les différences, il y a toujours des histoires humaines capables de nous toucher.
Rendez-vous en salles le 23 septembre pour découvrir une œuvre singulière, et se laisser happer par la brume dans les pas des géants.