Par ses fulgurances contemplatives et ses effusions philosophiques, voire métaphysiques, SOUDAIN se révèle en une lumineuse invitation à questionner notre rapport au monde.
Le réalisateur Ryūsuke Hamaguchi n’est jamais aussi bon que lorsqu’il laisse à son propos global le temps d’infuser. SOUDAIN pose une réflexion inspirante sur la façon de se sentir vivant lorsque les corps sont, ou semblent, prisonniers d’une fatalité.
Rien de larmoyant dans le portrait des deux protagonistes qui, sur le papier, aurait pu facilement virer au patho. Virginie Efira joue une directrice d’EHPAD en quête de sens, entre les soins et les considérations financières, happée par la rencontre qu’elle fait avec Tao Okamoto, dans le rôle d’une metteuse en scène en proie à une maladie incurable. Le portrait est beau, nourri par la simplicité.
Dans ce qui s’apparente à une longue balade en apesanteur, des quais de Seine jusqu’aux montagnes nippones, se façonne cette belle histoire d’amour qu’est l’amitié, dans un souhait commun de se découvrir, de parler et de rechercher, en une sorte d’émulation, ce qui viendrait nourrir une vision alternative du monde. L’interprétation des actrices est tout en mesure, logiquement récompensée par un double-prix, à Cannes.
SOUDAIN captive tout particulièrement lorsqu’il aborde les maux de la société japonaise et européenne, dans une critique anthropologique, et non moins frontale, du capitalisme. Il s’agit là, avant tout, pour les deux jeunes femmes, de mieux comprendre les mécanismes pour rendre possible ce qui, dans ce système, est gardé impossible. Et ainsi les amener à plus de résilience, de présence.
En outre, SOUDAIN est un doux mariage entre le sensible et le revigorant. Alors que les prises de conscience actuelles peuvent nous désoler, la posture bienveillante de SOUDAIN nous montre qu’il est permis d’espérer, à condition de remettre une belle dose d’humanité au centre de notre monde.