« C’est un truc de malade. » C’est comme cela qu’Eva Huault résume, presque en riant, ce qui lui arrive depuis le début du Festival de Cannes. Et elle n’a pas complètement tort. En quelques jours, son nom s’est mis à circuler partout autour du film événement Shana de Lila Pinell, présenté à la Quinzaine des cinéastes.
Avec son côté cash, instinctive, imprévisible : Eva Huault joue comme elle vit, à fond. Faut dire qu’on avait déjà remarqué sa gouaille dans Le Dernier des Juifs de Noé Debré, Je le jure de Samuel Theis, Baise-en-ville de Martin Jauvat ou encore dans la série L’Affaire Laura Stern, avec Valérie Bonneton, où son jeu frappait déjà par sa justesse et sa fraîcheur. Pourtant, Eva Huault le confie aisément, elle n’a « jamais vraiment voulu devenir actrice ». Et c’est peut-être ce qui plaît autant.
« Même quand j’étais serveuse, je mettais toute mon âme… je fais tout avec beaucoup d’amour. »
Sans avoir encore vu Shana, on comprend rapidement déjà ce qui intrigue autour d’elle. Dans les interviews comme dans les quelques images dévoilées à Cannes, elle dégage quelque chose de très vivant et peu contrôlé. Une énergie foutraque, abrasive, touchante, une fille à fleur de peau qui ne se prend pas au sérieux, qui pourrait rappeler autant l’héroïne d’Anora — Palme d’or 2024 — que les débuts de Béatrice Dalle.
Comme Mikey Madison dans Anora, Eva Huault semble capable de faire cohabiter la dureté sociale, l’humour et une forme de fragilité nerveuse dans un équilibre captivant. Et comme Beatrice Dalle, elle possède cette manière très physique d’entrer dans les scènes, une présence qui ne cherche ni à séduire ni à rassurer, mais qui attire immédiatement le regard.
Un film construit dans l’intime
Dans Shana, qui sortira en salles le 17 juin, elle joue une jeune femme précaire, impulsive, prise entre une famille bourgeoise juive marocaine, un compagnon toxique qui sort de prison et une bande d’amies qui lui sert de refuge. Après la mort de sa grand-mère, son personnage hérite d’une bague censée protéger du mauvais œil.
Mais ce qui revient surtout quand Lila Pinell parle du film, c’est son caractère intime. Shana s’est construit à partir d’histoires personnelles mêlées : celles de la réalisatrice, d’Eva Huault et de sa bande d’amies. Comme un film fabriqué au plus près des vécus, des tensions familiales, des contradictions sociales et affectives.
Pinell, qui vient du documentaire, explique vouloir filmer « ce qui bloque, ce qui passe ». Elle raconte aussi avoir écrit le personnage en pensant directement à Eva Huault : « J’aimais son panache, sa manière de réagir à côté, de déplacer les situations. »
C’est sans doute ce qui revient le plus souvent à son sujet : cette capacité à faire légèrement dévier les choses. Même en interview, Eva Huault semble avancer sans discours préparé, avec une grande spontanéité, entière et sans détour.
Et c’est peut-être exactement ce que Cannes adore encore produire : ce moment où une actrice surgit presque de côté, sans campagne parfaitement huilée ni récit déjà écrit, et finit malgré tout par devenir l’un des visages du festival.
« Tout le monde est acteur en fait, tout le monde est un peu mytho dans la vie. » Queen Eva.