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Rencontre avec Franck Finance Madureira, fondateur de la Queer Palm à Cannes

Créée en 2010, la Queer Palm s’est imposée comme un prix à part au Festival de Cannes.

Nous avons rencontré son créateur, Franck Finance Madureira, journaliste et ancien militant d’Act Up. Il revient sur la naissance du prix, son évolution et ce que le cinéma queer continue, aujourd’hui, de révéler.

« Quand on agit pour les marges, c’est pour ne plus avoir à le faire. »

Queer Palm : rencontre avec Franck Finance Madureira
Queer Palm - Festival de Cannes 2026

La Queer Palm est née il y a 16 ans, à une époque où les récits queer restaient très marginalisés à Cannes. Comment est née cette idée, et quelle place imaginiez-vous pour ce prix dès le départ ?

L’idée venait des Teddy Awards de Berlin, créés en 1987. Je trouvais intéressant qu’un prix parallèle mette en lumière des films queer, souvent marginalisés dans les grands festivals. À l’époque, cela permettait vraiment d’augmenter leur visibilité.

À Cannes, il n’y avait rien de comparable, et ça me désespérait un peu. J’étais journaliste, militant et je me suis décidé à lancer la Queer Palm en 2010, presque comme un défi. L’idée initiale était simple : recenser les films queer sélectionnés cette année là — il y en avait seulement cinq — et leur offrir un espace, un autre regard, avec un jury un peu « pirate ».

La presse a tout de suite très bien accueilli l’initiative, comme si elle était attendue. Aujourd’hui, même si le prix reste légèrement à la marge, il y a un vrai engouement. On arrive à constituer de beaux jurys, mêlant personnalités connues et profils plus discrets, et surtout à mettre en lumière des films qui passeraient autrement inaperçus.

Cette année, 22 films sont en lice ! Ce nombre record de films est-il le signe d’une meilleure reconnaissance des récits queer, ou d’une normalisation assumée ?

Quoi qu’il arrive, c’est positif. Mais l’analyse dépend beaucoup des territoires. Pour les films queer occidentaux, on est clairement dans une phase de normalisation : l’identité de genre ou la sexualité ne sont plus forcément le moteur du scénario, mais une donnée parmi d’autres.

Dans des régions où ces sujets restent sensibles, les films sont souvent plus discrets, mais c’est déjà un progrès que ces personnages et ces récits existent à l’écran. C’est aussi l’objectif : en tant qu’ancien militant d’Act Up, je garde cette idée que le but ultime d’un combat, c’est de devenir inutile. Quand on agit pour les marges, c’est pour qu’un jour il n’y ait plus besoin de le faire.

Franck Finance-Madureira, fondateur de la Queer Palm
Franck Finance-Madureira, fondateur de la Queer Palm

Justement, votre parcours mêle engagement militant, notamment au sein d’Act Up, et travail journalistique. En quoi ces expériences ont-elles nourri votre regard sur le cinéma et influencé la création de la Queer Palm ?

Le cinéma m’a aidé à me construire et à me relever. C’est d’ailleurs assez symbolique : la toute première Queer Palm a été remise à Kaboom de l’américain Gregg Araki, un cinéaste qui m’a profondément marqué. Il m’a fait comprendre qu’on pouvait tout à fait ne pas être comme tout le monde.

Le militantisme dans la lutte contre le sida m’a aussi sensibilisé à une pensée queer politisée. C’est pour ça que j’ai tenu au mot « queer », plutôt qu’à un prix « LGBTQ+ ». Il permet plus de fluidité, moins de cases. Cette approche croise d’autres luttes — féministes notamment — qui se rejoignent dans les films que nous défendons.

Au fil des années, la Queer Palm a accompagné l’émergence de nombreux talents. Concrètement, en quoi ce prix peut-il compter dans le parcours d’un réalisateur ou d’un film ?

Je pense en particulier à la Queer Palm du court métrage, qui est un véritable révélateur de talents. Ana Cazenave Cambet, par exemple, a été récompensée pour Gabber Lover, avant de signer son premier long l’incroyable Love Me Tender avec Vicky Krieps. (Lire la critique sur Cinefeel.)

Nous avons aussi lancé, il y a deux ans, le Queer Palm Lab : un programme de mentorat d’un an, destiné à des réalisateurs du monde entier, autour de leur premier long métrage. C’est une vraie fierté d’aider à l’émergence, de talents et de récits.

La Queer Palm est aujourd’hui reconnue, y compris par des institutions comme le CNC. Comment concilier ce soutien avec l’indépendance et l’esprit libre du prix ?

Nous bénéficions du soutien du CNC et du ministère de la Culture depuis presque le début, notamment pour le Lab, avec également l’appui du ministère des Affaires étrangères. Il y a donc une part d’aide publique, mais l’essentiel du financement vient de partenaires privés du milieu du cinéma.

L’indépendance et l’esprit du prix restent totalement intacts.

Chaque année, le jury donne une couleur particulière à la Queer Palm. Qu’est-ce qui, selon vous, fait la singularité de celui de cette édition ?

Comme toujours, sa diversité. J’aime réunir des regards différents, des âges, des parcours variés. Le duo de cette année est assez inattendu : Thomas Jolly et Anna Mouglalis. Ils viennent d’univers différents, mais se retrouvent sur des combats communs.

Le jury réunit aussi André Fischer, réalisateur brésilien, Raya Martigny, mannequin et actrice française, ainsi que Jehnny Beth, musicienne et comédienne française. Ce sont des personnalités engagées, avec une ligne artistique et politique affirmée, ce qui nourrit de très beaux débats notamment lors des délibérations.

Avec le recul, y a-t-il un film ou un moment précis qui vous a donné le sentiment que la Queer Palm avait pleinement trouvé sa place à Cannes ?

Très personnellement, ce fut en 2017, lorsque la Queer Palm a été remise à 120 battements par minute, de Robin Campillo. De par mon engagement à Act Up, ce film résonnait très fort : il racontait des événements que j’ai vécus. J’ai eu le sentiment de boucler la boucle.

Au delà de l’émotion personnelle, c’était aussi la reconnaissance d’un film engagé, grand public, consacré à l’histoire des marges, et qui n’est pas passé loin de la Palme d’or. Il a également contribué à révéler toute une génération de jeunes comédiens, dont certains ont fait leur coming-out publiquement assez naturellement.

120 battements par minute, de Robin Campillo, Queer Palm 2017
120 battements par minute, de Robin Campillo, Queer Palm 2017
Girl, de Lukas Dhont, Queer Palm 2018
Girl, de Lukas Dhont, Queer Palm 2018

Après toutes ces années d’engagement et d’observation, qu’est-ce qui continue aujourd’hui de vous surprendre ou de vous émouvoir dans le cinéma queer ?

La capacité du cinéma à nous faire découvrir des récits que nous n’attendions pas, venus de réalités très éloignées des nôtres. Je pense notamment à Joyland, de Saim Sadiq, récompensé par la Queer Palm en 2022. Un film pakistanais profondément émouvant.

Il y a aussi le parcours de Lukas Dhont : la Queer Palm a été le premier prix qu’il a reçu à Cannes, pour Girl, en 2018, avant la Caméra d’or le lendemain. Aujourd’hui, il est de retour en compétition officielle avec un film remarquable.

Avec 22 films en lice cette année, la palette est très large. Le cinéma queer est profondément transversal  : il recouvre des formes, des récits et des sensibilités extrêmement variés.

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