Jane Schoenbrun, Sandra Wollner, Valentina Maurel, Rakan Mayasi : des noms déjà repérés, encore en devenir, venus de géographies lointaines et multiples du cinéma contemporain.
À Cannes, ils passent par « Un certain regard », une section du Festival de Cannes 2026 où le festival, en explorateur discret, déplace peu à peu son centre de gravité.
L’autre rythme de Cannes
Du 13 au 24 mai 2026, pendant que la compétition officielle concentre l’attention, la sélection Un certain regard propose un autre rythme. Moins exposée, elle met en avant des films souvent plus fragiles, parfois plus risqués, où s’inventent de nouvelles formes de narration.
Créée en 1978, cette section occupe une place singulière au sein du Festival de Cannes : ni vitrine secondaire, ni simple tremplin, mais un espace où le festival observe autrement le cinéma mondial.
Des films proches du réel, des écritures en devenir
Au fil du temps, Un certain regard a dessiné une ligne assez claire dans le paysage du Festival de Cannes : des récits ancrés dans le réel, des cinéastes émergents, des formes encore en mouvement.
En 2022, Les Pires de Lise Akoka et Romane Gueret proposait un dispositif à la frontière de la fiction et du documentaire, autour d’adolescents non-professionnels à Boulogne-sur-Mer. Un film qui interroge déjà la place du regard dans la fabrication des images.
En 2023, How to Have Sex de Molly Manning Walker déplaçait cette attention vers l’intime, en explorant les zones grises du consentement et des pressions sociales chez les jeunes adultes.
Deux films très différents, mais traversés par une même logique : partir du réel pour en révéler les tensions invisibles.
2025 : une ligne désormais assumée
En 2025, Le mystérieux regard du flamant rose de Diego Céspedes confirme cette trajectoire. Situé dans le Chili des années 1980, le film suit un groupe de femmes trans confrontées à la violence sociale et à la peur du sida.
En lui attribuant le Prix Un certain regard, le Festival de Cannes confirme une orientation : celle d’un intérêt accru pour des récits longtemps marginalisés et des formes qui déplacent les cadres habituels.
Un certain regard Cannes 2026 : une sélection en circulation
La sélection 2026 prolonge ce mouvement, avec une programmation internationale composée de premiers films et de cinéastes déjà identifiés sur la scène des festivals.
Parmi les titres les plus attendus, deux se détachent déjà.
Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun (États-Unis), film à la tonalité pop et spectrale, et Siempre soy tu animal materno de Valentina Maurel (Costa Rica/Belgique), dont le cinéma très sensoriel poursuit un travail déjà remarqué dans plusieurs festivals internationaux.
Autour de ces deux films, la sélection rassemble notamment :
- Les éléphants dans la brume — Abinash Bikram Shah (Népal, 1er film)
- Le corset — Louis Clichy (France)
- Ben’imana — Marie-Clémentine Dusabejambo (Rwanda, 1er film)
- Congo Boy — Rafiki Fariala (Centrafrique/Tchad)
- Club Kid — Jordan Firstman (États-Unis, 1er film)
- Uļa — Viesturs Kairišs (Lettonie)
- La más dulce — Laïla Marrakchi (France/Maroc)
- El deshielo — Manuela Martelli (Chili)
- Yesterday the Eye Didn’t Sleep — Rakan Mayasi (Liban)
- I’ll Be Gone in June — Katharina Rivilis (Allemagne, 1er film)
- Quelques mots d’amour — Rudi Rosenberg (France)
- Everytime — Sandra Wollner (Autriche)
- De toutes les nuits, les amants — Sode Yukiko (Japon)
Une marge qui déplace le centre
À mesure que la compétition officielle se stabilise autour de cinéastes confirmés, Un Certain Regard conserve une fonction essentielle : accueillir des films encore en formation, mais déjà singuliers.
Un espace de passage, mais aussi d’émergence.
Une marge, oui — mais une marge qui continue de déplacer doucement le centre.