La mémoire à hauteur d’enfance
Alors que la question de la transmission reste essentielle, le cinéma continue d’explorer les chemins de la mémoire. Le film Les Enfants de la Résistance, sorti le 11 février 2026, réalisé par Christophe Barratier et adapté de la bande dessinée de Vincent Dugomier et Benoît Ers, s’inscrit dans cette volonté de faire vivre l’Histoire auprès des plus jeunes.
L’intrigue nous plonge dans un village français sous l’Occupation. François, Eusèbe et Lisa, trois adolescents confrontés à la présence allemande, refusent d’accepter l’injustice. Ce qui commence par un sentiment de révolte devient peu à peu un véritable engagement : messages secrets, actes discrets de résistance, solidarité silencieuse. À travers leurs actions, le film montre à hauteur d’enfant la peur, le doute, mais aussi le courage ordinaire.
Porté par de jeunes interprètes aux côtés de Gérard Jugnot et Artus, le long métrage adopte une approche accessible. Il choisit le regard de l’enfance pour évoquer une période sombre, sans en faire une leçon d’Histoire.
Les enfants de la résistance
Le cinéma comme sanctuaire de la mémoire
Steven Spielberg a toujours considéré le cinéma comme un moyen de transmettre l’Histoire, de faire exister des histoires et des voix. Après le tournage de La Liste de Schindler, qui raconte l’histoire vraie d’Oskar Schindler et de ses actions pour sauver des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, il reçoit des centaines de lettres de survivants et de descendants. Beaucoup lui disent : « Vous avez dit ce que je n’ai jamais pu dire. » Cette expérience lui fait comprendre que le film n’est pas une fin en soi, mais un point de départ : il devient responsable de préserver ces témoignages.
Pour aller plus loin, il fonde en 1994 la USC Shoah Foundation. L’objectif est clair : recueillir, filmer et archiver les témoignages des survivants de la Shoah, pendant qu’il en est encore temps. Pour cela, Spielberg engage personnellement des moyens considérables et mobilise historiens, traducteurs et équipes de tournage. Trente ans plus tard, plus de 55 000 récits en 43 langues ont été préservés, numérisés et mis à disposition à des fins éducatives dans le monde entier. Ces archives permettent de comprendre les vies bouleversées par l’Histoire et de transmettre, de manière directe et authentique, les voix de ceux qui ont vécu l’inimaginable.
Tout comme ces démarches, Les Enfants de la Résistance montre que le récit, même fictif, peut transmettre des expériences, éveiller des consciences et faire comprendre le courage face à l’injustice. Dans les deux cas, le cinéma devient un outil pour faire exister le passé dans le présent et le partager avec ceux qui viennent après.
Le courage ordinaire et la transmission
Cette continuité entre mémoire directe et mémoire transmise éclaire une même conviction : l’Histoire ne vit que si elle est racontée. Les témoins disparaissent, les générations se succèdent, mais les récits peuvent franchir le temps. Encore faut-il qu’ils trouvent une forme juste.
Dans Les Enfants de la Résistance, le procédé est différent, mais l’intention rejoint cette exigence. Le film montre comment l’engagement peut naître très tôt, presque instinctivement. Il rappelle que le courage n’est pas réservé aux grandes figures historiques ; il peut surgir dans une cour d’école, dans un village ordinaire, chez des adolescents qui refusent de détourner le regard.
Au fond, que ce soit à travers les voix préservées par Spielberg ou l’élan des jeunes héros du film Les Enfants de la Résistance, le cinéma nous rappelle que raconter, c’est protéger, transmettre et éveiller — et que chaque histoire partagée est une étincelle contre l’oubli.