Après les salles haut de gamme, les cinémas franchisés entendent encore diversifier leurs offres. Face à cette offensive, les cinémas indépendants cherchent un moyen de se réinventer.
C’est une nouvelle qui va peut-être bouleverser la consommation du cinéma en France. Les grandes franchises comme Pathé, UGC ou encore CGR se sont accordées sur une nouvelle offre dans leurs salles obscures. « En augmentant les prix, on appréhendait un peu » se souvient un responsable du Pathé Palace d’Opéra, qui s’est orienté vers des salles aux prestations haut de gamme en 2024. Moyennant 25 €, ses spectateurs bénéficient de fauteuils inclinables, de deux accoudoirs (pour les gros coudes) et de petits écrans lumineux sur les murs qui ambiancent les épileptiques en manque de dopamine. Résultat : « Ça cartonne. On ne pensait pas attirer autant de pigeons, mais force est de constater qu’il y en a davantage autour de notre établissement qu’à l’Apple Store d’à côté. »
Tester la fidélité
De quoi creuser l’écart entre une offre standard et premium ? Pas impossible.
Pour les salles classiques, le prix restera autour de 15 € la séance. Une bouchée de pain quand le litre de gasoil flambe à 2,30 € et que les tarifs de la SNCF atteignent ceux d’Air France (classe Affaire). En revanche, les salles premium passeraient à 40 €. Elles seront toutefois dépouillées des murs éclairés et des fauteuils inclinables avec gros accoudoirs. « On veut d’abord voir si le Pigeon constatera la différence avec une salle classique. S’il la remarque, on restera à 40 €. Parce qu’après tout, on s’en fout. », conclut-il en se taillant un T-bone livré des mains d’un coursier Uber from Dubaï City.
Les cinémas indépendants contre-attaquent
Face à cette offensive, les cinémas indépendants savent qu’ils doivent se réinventer. Si les gros complexes misent sur le grand spectacle, elles s’orienteront vers une expérience plus intime.
Dans le vingtième arrondissement de Paris, Arsène et Romane semblent avoir franchi le pas avec leur salle concept : Bobo-bine. « On s’est dit qu’il fallait se démarquer. Alors on a créé ce bar à film. » Le « viewer » loue une chaise, une cabine et s’enferme dedans avec son téléphone et sa solitude. « Et là tu te connectes sur la plateforme de ton choix : tu veux scroller trois heures sans savoir où tu vas ? Prime Video », sourit Romane.
« Et si tu viens pour t’exploser les yeux, débrancher ton cerveau et phaser comme un légume devant un blockbuster, on a aussi les codes de Netflix », ajoute son compagnon et associé.
Vivre le cinéma comme un voyage
Jusqu’à la séance de 21 h, il n’y a personne. Il a fallu attendre 23 h pour que le premier viewer arrive, bonnet docker vissé sur la tête, sneakers Salomon harnachées aux pieds et cocké comme jamais.
Pour concurrencer les grands multiplexes et leur bar à mignardises, Bobo-bine s’appuie sur son matcha-truck. « Alors ma caille, on profite de la coupure pub ?! », s’époumone Arsène. Le viewer, qui pensait terminer son after avec un petit stick au bec, n’imaginait pas se calmer avec un thé vert japonais made in Belleville. « Allez ça fera un bras s’il te plait. Nan je déconne : 15 € ! » Choqué de la dinguerie, il est définitivement redescendu.
Une fois son « contenu » consommé, il peut ensuite aller vider le reste de son salaire et de sa fierté dans la boutique éphémère en collab’ avec l’établissement. « Des vieux t-shirts qu’on achète en friperie et qu’on revend, d’occasion, avec des trous pour laisser passer les bras », s’enthousiasme Romane.
Le client viewer ressort de Bobo-bine, complètement sonné par un trip hallucinatoire, qui fera passer sa soirée précédente pour un anniversaire chez McDo.
Songeant que ce cinéma, qui a ouvert mercredi 1er avril, n’est qu’une vaste blague. À l’image des propositions indécentes des grandes franchises et plus largement, de cet article.