Plongée dans les années 80 avec deux comédies sorties à un mois d’intervalle, qui en disent également beaucoup sur l’époque actuelle.
Pas la peine de planquer votre Rubik’s cub, votre vieille veste fluo ou le vinyle des Démons de Minuit, les années 80 sont toujours au top ! Une nostalgie si bien ancrée dans la société qu’on croirait presque que cette décennie-là a été regrettée dès le 1er janvier 1990. Alors, face à ce constat, la « 80’s mania » suscite forcément l’envie, chez nos cinéastes actuels, de ressusciter cette période à l’imaginaire collectif très marqué, pleine de références pop, dotée d’un esprit si caractérisé qui inciterait des « c’était mieux avant » à tout-va.
Si les intrusions dans la fiction outre-Atlantique ne manquent pas (Stranger Things représente !), le cinéma hexagonal n’est pas reste. On se souvient récemment de L’AMOUR OUF, le fameux blockbuster de Gilles Lellouche, ou encore du très bel ÉTÉ 85 de François Ozon.
Cette année, le Septième Art « Made in France » nous offre deux voyages dans le temps en à peine un mois, avec POLICE FLASH 80 de Jean-Baptiste Saurel et JUSTE UNE ILLUSION du duo Eric Toledano/Olivier Nakache. Si le premier nous fait faire la connaissance d’une bande de flics à la poursuite d’un trafiquant de drogues, le deuxième nous plonge dans le quotidien d’un gosse de 13 ans, en proie aux premières expériences de l’adolescence.
Deux façons d'aborder les années 80
Et si ces films sont toutes deux des comédies, les manières d’appréhender les années 80 sont, elles, sensiblement différentes.
D’un côté, nous avons POLICE FLASH 80 qui est plutôt du genre parodique, un pastiche des polars à la Belmondo-Delon. Le casting est formidable, de François Damiens en policier bedonnant, peu exemplaire en matière de déontologie, jusqu’à Audrey Lamy, représentante du girl power. L’œuvre joue donc beaucoup sur l’esthétique des films d’action bien « bonhomme » de l’époque. Ici, on veut créer le rire par l’absurde, un procédé qui n’a rien d’un hasard quand on sait que le réalisateur était aussi aux manettes de la version semi-parodique de ZORRO, avec Jean Dujardin.
La nouvelle sortie du duo Toledano/Nakache (Nos Jours Heureux, Intouchables, Le Sens de la Fête) épouse quant à elle des contours plus sociologiques. Sans forcément aller du côté du documentaire, les deux réalisateurs souhaitent ici donner un aspect réaliste à leur œuvre, pour en faire une chronique de la famille française au cœur des années 80. Remonter des souvenirs, rappeler des sons, des petites choses du quotidien comme le papier peint ou les bols du petit-déjeuner… « Il existe parfois des détails qui ont comme un parfum d’éternité, JUSTE UNE ILLUSION est aussi un film de sensation », explique Eric Toledano, « plusieurs personnes sont venues nous témoigner de leur émotion, d’un moment particulier où le film les a saisis ». Les réalisateurs ont d’ailleurs mis beaucoup d’eux-mêmes dans ce long-métrage qui est, sans doute, l’un des plus intimes de leur filmographie.
Ce que ces films disent de notre époque
Mais la visée de ces deux films n’est pas simplement de reconstituer une époque révolue. Il s’agit aussi de parler de la nôtre. « On s’est toujours dit avec Olivier, qu’à travers ce film on allait faire un pas en arrière pour mieux regarder devant. Si le film revendique une nostalgie c’est celle de l’espoir de changer le monde, une sorte de « nostalgie du futur », dira Eric Toledano.
JUSTE UNE ILLUSION met en avant une période où, certes, tout n’était pas simple, mais où il y avait cet espoir encore vivace pour pouvoir accéder à mieux. La question du « Vivre ensemble » est aussi abordée, comme pour mieux critiquer en substance notre époque marquée par le repli sur soi et un certain pessimisme en l’avenir. Enfin, la place de la femme dans la société, à travers le rôle de Camille Cottin, mère de famille, secrétaire qui ambitionne de devenir Commerciale, est l’une des thématiques importantes du film.
Ce sujet majeur est également évoqué dans POLICE FLASH 80, à travers le personnage d’Audrey Lamy, vraie leadeuse de l’histoire. Pour le réalisateur, « c’est une comédie de situations qui parle d’aujourd’hui, en racontant comment c’était hier : les disparités hommes-femmes, la hiérarchie, la virilité d’époque, la clope… Les scénaristes étaient attachés à la dimension sociale du film : la vie en banlieue, la montée du narcotrafic, le rôle du flic… J’aime que la comédie serve aussi de caisse de résonnance et qu’elle raconte quelque chose de notre société ».
Reste au spectateur ou à la spectatrice de choisir sa porte d’entrée, le décalé POLICE FLASH 80 ou la nostalgie plus douce de JUSTE UNE ILLUSION. « Juste une illusion, à peine une sensation », comme dirait l’autre…