Présent dans deux films aux Césars 2026, Philippe Rebbot reste un acteur qui continue d’écrire une filmographie où il devient le propre personnage de ses histoires. Un moyen pour lui de se démarquer et de se livrer en toute transparence.
Avec sa casquette éternellement vissée sur la tête et son look de dandy un peu maladroit, Philippe Rebbot entre dans un café place de la République en anonyme. Tant mieux, il est connu pour sa marginalité et ça lui va comme un gant. Se comparant volontairement aux clowns mélancoliques, il a choisi de dessiner une filmographie qui lui ressemble. Elle lui colle même à la peau. « Je représente un type un peu idéaliste, naïf mais gentil et qui, avec le temps, a cette façon de se dire que : ouais la vie c’est pas facile.»
Matias Mlekuz, Philippe Rebbot et le chien Lucky, partis pour un road-movie dans la vraie vie. (Copyright Emmanuel Guimier)
Depuis quelques années, l’acteur sexagénaire se distingue des autres en flirtant avec l’auto-fiction. Outre les nombreuses comédies, il cumule les œuvres où il incarne son propre rôle. Dernier exemple en date ? À Bicyclette !, nommé aux Césars 2026 dans la catégorie « Documentaire ». Dans Mort d’un Acteur, court-métrage césarisé cette année, il joue Philippe Rebbot. Sans oublier L’Amour flou, où Romane Bohringer et lui racontent leur séparation. Le film a si bien marché que Canal+ leur commande en suivant une série de neuf épisodes.
Ces succès sont ses plus grandes fiertés. « Parce que c’était un plaisir de jouer avec Romane. Et vu les circonstances d’À Bicyclette ! (qui raconte un deuil), c’était quelque chose d’extrêmement fort avec Matias. »
L’intime, un sujet toujours porteur
Philippe Rebbot est convaincu que ces œuvres parlent au public : « Parce que l’intime est universel.» Paradoxalement, il n’a jamais été à l’origine de ses œuvres les plus autobiographiques. Avec À Bicyclette !, l’acteur-réalisateur Matias Mlekuz l’entraîne dans un voyage en hommage à son fils décédé. « J’étais d’accord seulement si on en faisait quelque chose. Comme se filmer avec notre téléphone ou autre. Sinon, on aurait craqué au milieu de toute cette tristesse.»
Pour L’Amour flou, l’idée part d’une discussion entre des amis et Romane Bohringer prend l’idée au sérieux. « Je me suis dit qu’on allait le faire pour se marrer, d’abord pour nous. Et si ça n’a pas d’impact, on s’en fiche. »
On peut voir dans cette attitude détachée une manière de se protéger, estimant que le meilleur moyen de ne pas être déçu, c’est de ne rien attendre. D’autant que Philippe Rebbot confesse un naturel timide couplé d’une peur de la moquerie. « C’est un métier qui m’angoisse. Le silence avant qu’on dise ‘action’ est interminable : je vois ma vie défiler, évoque l’acteur. C’est comme si je sautais d’un plongeoir avant un plat qui n’arrive finalement pas. Donc tant que ça marche, je continue. »
« Si tu as quelque chose à dire, fais-en un film. »
Faire du cinéma pour le Montreuillois consiste à conserver cette liberté de parole. Le succès est secondaire, seule compte l’intention. Entre À Bicyclette ! et L’Amour flou, Philippe Rebbot a tourné dans Sur un Fil, réalisé par son ami Reda Kateb. L’acteur franco-algérien a été clown. Sa lecture du Rire médecin, livre de Caroline Simmonds, l’a fasciné au point d’en faire un long-métrage. Un acte occasionnel et personnel qui répond au mantra de Philippe Rebbot : « Si tu as quelque chose à dire, fais-en un film. »
Avant Sur un Fil, Philippe Rebbot incarnait déjà un clown dans Pitchouns, court-métrage également réalisé par Reda Kateb, qui joue lui-même dans L’Amour flou. Avec Sur un Fil, tout est relié. (Copyright Jérôme Prébois)
Naturellement, faire du cinéma avec le réel stimule la curiosité. Le public s’y reconnaît, Philippe Rebbot le sait et le lui rend bien. La preuve quand une personne l’interpelle. Il reste cet anonyme qui, cette fois, attend un train à Montparnasse, mais qui poursuit volontiers la discussion avec la passagère. « Je ne comprends pas pourquoi on me demanderait un autographe, ou une photo. Je n’aime pas quand les gens m’admirent. J’aime quand ils viennent juste me parler. »
Saltimbanques et fiers de l’être
En été 2026, on le retrouvera dans Un champ de fraises pour l’éternité, réalisé par Alain Raoust. Il y côtoie Florence Loiret-Caille (Le Bureau des légendes), Quentin Dolmaire (Ovni(s)) et Grégory Montel (10 pour cent). « On se surnommait l’équipe B ! dit-il ironiquement et conscient qu’il fait partie d’un groupe qui ne truste pas les tapis rouges. J’oublie jamais que je suis un saltimbanque. On fait un petit film, poétique, avec pas beaucoup de blé. Mais on fait tout soi-même. »
Ce nouveau long-métrage continuera d’entretenir ce paradoxe : celui d’un acteur qu’on va tous reconnaître, mais qui ne cherche pas à l’être. Philippe Rebbot reste un timide. Mais un timide bavard et volubile. «Je parle beaucoup par peur du vide. Et tant que ça marche, je continue », répète-t-il, se livrant aux histoires les plus intimes mais persuadé qu’elles sont les seules qui vaillent d’être racontées. On le laisserait bien débiter mais il faut arrêter, car à ce jeu-là, il est très convaincant.