Il aura fallu près d’un siècle pour que l’histoire imaginée par Federico García Lorca trouve enfin son public. De Cannes à Toronto, en passant par Saint-Sébastien, le phénomène espagnol La Bola Negra s’est imposé comme l’un des films les plus remarqués de l’année. Alors qu’il portera les couleurs de l’Espagne dans la course aux Oscars, son origine remonte bien avant le cinéma : à la littérature espagnole et à l’une des pages les plus sombres de l’histoire du pays.
Quand Lorca rencontre l’histoire espagnole
Tout commence avec quatre pages. Quatre pages de La bola negra, une pièce que Federico García Lorca travaille dans les années 1930 mais qu’il ne terminera jamais. On y découvre Carlos, un jeune homme homosexuel confronté au rejet de son père. Un fragment à peine esquissé, mais qui contient déjà les thèmes chers à Lorca : le désir, la liberté, la famille et l’impossibilité d’être pleinement soi-même.
En août 1936 Lorca est assassiné, au début de la guerre civile espagnole, avant d’avoir pu achever son texte. Sa dernière œuvre ne verra donc jamais le jour.
Près d’un siècle plus tard, Javier Calvo et Javier Ambrossi, les « Javis », décident de partir de ces quelques pages pour imaginer ce que cette histoire aurait pu devenir.
Mais La bola Negra ne s’arrête pas à Lorca. Les réalisateurs puisent également dans La piedra oscura, la pièce d’Alberto Conejero, dramaturge et poète contemporain. L’action se déroule en 1937, dans une prison franquiste, où Rafael Rodríguez Rapún, compagnon de Lorca et secrétaire de La Barraca, est détenu et surveillé par un jeune soldat. À travers leur rencontre se mêlent la mémoire de Lorca, l’amour, la guerre et la perte.
Les deux textes deviennent ainsi les bases d’une même histoire. Les Javis les font dialoguer et construisent un récit qui traverse trois époques : 1932, 1937 et 2017. Trois moments de l’histoire espagnole, trois générations, mais des questions qui restent les mêmes : que fait-on des secrets du passé ? Et que transmet-on, parfois sans le vouloir, à ceux qui viennent après ?
Une histoire espagnole qui dépasse les frontières
Phénomène en Espagne, où il a réalisé un démarrage record en salles, La Bola Negra puise sa force dans l’équilibre qu’il trouve entre l’intime et la grande Histoire. Un film qui suit des personnages en quête de vérité et de leur place dans le monde. Son titre, inspiré de la « boule noire », un ancien système de vote permettant d’accepter ou d’exclure un membre, résume à lui seul l’un des fils rouges du récit : le rejet.
Profondément ancrée dans l’histoire espagnole, cette fresque portée par Los Javis parle pourtant à chacun et rappelle que certains héritages traversent les générations comme les frontières. Si l’Espagne a déjà succombé, le reste du monde est prévenu : la bola ya está rodando !