Avant la cérémonie des César 2026, devant L’Olympia à Paris, des dizaines de curieux espéraient distinguer un visage familier, un sourire, une silhouette.
Mais la fête semblait loin.
Parqués à bonne distance de l’entrée, derrière des barrières métalliques, ils scrutaient le ballet des voitures officielles. Les berlines noires défilaient, vitres opaques. À chaque arrivée, un frisson parcourait la foule. À chaque départ, la même déception.
« C’est vraiment fermé par rapport au Festival de Cannes », souffle une spectatrice. Au Festival de Cannes, les marches offrent au moins un spectacle accessible à tous. Ici, presque rien ne se montre.
« On voit rien, c’est nul… frustrant », lâche un jeune homme. « On n’a croisé personne. Les vitres sont teintées. Il faudrait des bâches transparentes… »
L’Olympia brille, la foule se fond derrière des bâches : la fête est là, mais reste à distance.
Dans leurs yeux, la lumière des projecteurs. Devant eux, une bâche opaque. Le cinéma brille. De loin.
Simon est venu d’Alençon. Il avait six ans lorsqu’il a découvert The Mask au cinéma. Ce soir, il espérait entrevoir son héros d’enfance. Il repartira sans image, sans salut, avec le sentiment d’un éloignement presque symbolique.
« C’est peu respectueux. Le cinéma est en difficulté… et on ne veut pas de nous. Le cinéma devrait être une fête populaire. »
À quelques mètres de là, un petit groupe d’étudiants en cinéma tente sa chance. Brandissant des pancartes où il est écrit « Cherche stage », ils regardent défiler les voitures avec espoir et malice. Le tapis rouge est à portée de main, mais leur scène est celle de l’attente et de l’initiative : le cinéma commence parfois derrière une barrière.
Les voitures passent, invisibles. Eux se rendent visibles. « Cherche stage », écrit en grand — le plus court scénario de la soirée.
Un peu plus loin, deux jeunes femmes venues de La Rochelle et de Nantes gardent le sourire. « On ne sait jamais », disent-elles en ajustant leurs téléphones. Elles rêvent de croiser Leïla Bekhti ou Pierre Niney.
Elles scrutent l’invisible.
Un éclat, une silhouette, un signe. Le nom de Pierre Niney flotte dans l’air.
Léa, elle, résume le sentiment général : « On s’attendait à autre chose. Il y a des obstacles partout. »
Certains évoquent l’indifférence. D’autres parlent d’un fossé grandissant entre le public et une industrie qui traverse pourtant une période fragile.
« Je me désabonne de Canal+ », lance un homme, amer.
Elle voulait voir Leïla Bekhti. Elle regarde sa photo sur son téléphone. La rencontre a lieu. À défaut d’être réciproque.
La soirée brillera sans doute à l’écran.
Mais dehors, beaucoup auront surtout retenu la distance.