Comment grandir lorsque l'absence est devenue un paysage familier ?
Après Fauve, son court métrage nommé aux Oscars en 2019, Jérémy Comte confirme tout son talent avec Paradise, un premier long métrage aussi ambitieux qu’émouvant, qui sortira dans les salles françaises le 19 août.
Le cinéaste y déploie un regard d’une profonde empathie sur des personnages en quête d’un équilibre que la vie semble leur refuser.
Entre le Ghana et le Québec, deux adolescents que tout semble opposer avancent pourtant avec le même manque : celui d’une figure paternelle. Deux trajectoires cabossées qui se répondent à distance jusqu’à ce que leurs destins finissent par se rejoindre.
En s’emparant du phénomène des arnaques sentimentales en ligne (les désormais célèbres brouteurs), Jérémy Comte aurait pu livrer un simple thriller contemporain. Il choisit au contraire d’en faire le point de départ d’une réflexion plus vaste sur la confiance, cette force invisible qui relie les êtres autant qu’elle peut les conduire à leur perte. Derrière les manipulations et les faux-semblants, Paradise raconte avant tout le besoin de croire en quelqu’un, de combler un vide, de trouver un refuge, quitte à s’abandonner à l’illusion.
Et que c’est beau !
« Nous vivons une époque profondément divisée, marquée par la haine, et j’ai voulu que cette histoire parle, en définitive, d’amour et de confiance », explique Jérémy Comte. Cette déclaration résume parfaitement la singularité du film. Ne cherchant pas à désigner des coupables, le réalisateur explore les zones grises où naissent les faux espoirs et les choix impossibles. « Au fil de l’histoire, les frontières morales commencent à s’estomper, soulevant des questions complexes et dérangeantes » précise-t-il.
Porté par une mise en scène d’une grande élégance, une photographie qui fait dialoguer les lumières du Ghana avec les paysages québécois (mention spéciale pour les images obsédantes de flammes et de vagues) et de jeunes interprètes d’une remarquable justesse, Paradise touche autant par son humanité que par la finesse de son regard.
Plus qu’un récit sur l’escroquerie, Paradise est une réflexion sensible sur notre besoin irrépressible d’amour et d’appartenance.
Un premier long métrage qui offre à Jérémy Comte une place au nirvana des voix les plus prometteuses du cinéma contemporain.
À voir absolument !